promoting health and human rights |
![]() |
La Répression en chiffres à Lyon en 2003 et en 2004Submitted by: Jérôme Expuesto, Lyon, France Input for: Expert Group Meeting: "Violence Against Women: A statistical overview, challenges and gaps in data collection and methodology and approaches for overcoming them," 11-14 April 2005, Geneva, Switzerland Topic: Violence against women in the sex industry Lorsque l'on parle de la répression policière, on imagine mal le type d'actes de violence qui sont perpétrés à l'encontre des personnes prostituées, ni la quantité ou la fréquence de ces actes. Dans un souci de clarté, j'ai effectué une typologie de ces faits. L'intérêt est d'essayer de rendre compte de la nature de ces violences policières, de les référencer et de les comptabiliser afin de se rendre compte de l'ampleur de la répression et de ces diverses formes. Cet état des lieux n'est basé que sur les déclarations des personnes victimes de cette violence ; il est fort probable que la somme totale des actes soit sous évaluée, autrement dit nous pensons que d'autres violences ont eu lieu mais que les personnes ne nous ont pas informé, le plus souvent par résignation. La première des violences que les femmes subissent de la part de la police est l'impossibilité pour elles d'être reconnue ou entendue en cas d'agression. En effet depuis la Loi de Sécurité Intérieure nous rappelons que les femmes sont des délinquantes. Par conséquent les personnes qui les agressent se croient dans l'impunité et se sentent à l'abri des poursuites judiciaires. Cibles des violences quotidiennes perpétrées par d'autres acteurs dans d'autres circonstances (une centaine d'agressions en tout genre, insultes, viols, vols avec violences, coups, dégradation de véhicule ), dans près d'une vingtaine de cas, des personnes prostituées n'ont pu bénéficier de l'aide de la police lorsqu'elles étaient victimes d'agressions. De plus, elles ne voudront ni n'auront la possibilité de porter plainte. Leur intérêt est de rester discrètes, invisibles, car elles craignent d'être démasquées. Ainsi cette répression les réduit au silence, elles ne peuvent même pas se défendre. Et dans près d'une vingtaine de cas, elles n'ont pu trouver d'aide auprès d'autres acteurs institutionnels (hôpitaux, médecins). Identifiées prostituées, l'accueil qui leur est réservé est à la mesure du stigmate qu'on leur a accolé. Commençons par les faits de violences quotidiennes les « moins graves », comme les rondes de police, les contrôles de papier, le re-fichage, les menaces ou les insultes (« vous avez une semaine pour dégager ! », « La semaine prochaine on veut plus vous voir là les lundis ») ; nous en référençons près d'une quarantaine sur l'année 2004 (une trentaine en 2003), principalement sur le quai Rambaud et la rue Montrochet. Vient ensuite l'interpellation et la mise en garde à vue ; nous en recensons environ 200 depuis janvier 2003 dans ce journal. Par ailleurs, comme nous le disions précédemment, ces chiffres sont sous évalués. Bien des femmes sont embarquées pour quelques heures seulement, pour perturber leurs activités, et elles n'en parlent pas ; certaines pensent que cela est même normal. C'est dire si la répression s'est banalisée. Cela explique sans doute qu'on nous a rapporté moins de violences policières en 2004 qu'en 2003. Avec d'autres recoupements que l'on a pu faire concernant les gardes à vue, le chiffre de 350 arrestations est donc beaucoup plus proche de la réalité. Une petite partie de ces arrestations a conduit les femmes, d'origine étrangère dans l'immense majorité des cas, devant les tribunaux de la république pour y comparaître du fait de racolage. Dans neuf cas, la police a brutalisé physiquement la personne prostituée lors de l'interpellation. Une fois en garde à vue, quarante personnes prostituées ont été soumises à des pressions psychologiques diverses allant de l'insulte à l'humiliation sexiste, homophobe ou raciste (« sale pute », « sale pédé, t'es pas une femme, t'es un mec » « t'es quoi toi ? T'as sucé combien de bites cette nuit ? », « Espèce de singe, retourne dans ton pays ! » « Tu veux pas tailler une pipe à mon collègue, fais-lui un tarif, je viendrais vérifier ! »). Les personnes transgenres et les personnes travesties n'y ont pas échappé et ont été extrêmement choquées par cette épreuve. Mais ils ont été nettement moins inquiétés. Une fois en garde à vue, dix personnes nous ont rapporté avoir été brutalisées physiquement, parfois pour des motifs qui ne sont pas liés au travail du sexe. Ainsi, des femmes ont du subir des fouilles au corps (anales et vaginales), au nom de la recherche de stupéfiants. D'autres ont du se déshabiller et rester nues en cellule en garde à vue, une femme a même fait une crise d'hypothermie. La police a du appeler les urgences qui ont pu arriver à temps, trouvant par-là un moyen commode de s'en débarrasser. Pour trois femmes, ces gardes à vue se sont très mal déroulées. Les personnes prostituées interpellées, excédées, humiliées et énervées par une oppression et des contrôles quotidiens, par tant de manquements à leurs droits, ont eu le malheur de refuser le traitement qui leur était infligé en protestant, en répondant ou en se défendant des accusations et des violences qui leur étaient infligées (« vous me faites mal, desserrez mes menottes, mes poignets sont enflés ! » Les policiers l'ont maintenue au sol à trois : un au niveau des pieds, un pesant de tout son poids sur son ventre, le troisième plaçant son pied sur la nuque de la jeune femme qui, sous l'effet de la douleur, se débat. Les policiers en profiteront pour transformer la procédure de « racolage » en « coups et blessures sur fonctionnaire de police »). Ces deux femmes ont été jugées ensemble en comparution immédiate, assistées d'un avocat commis d'office, sans avoir été autorisées à prévenir la personne de leur choix durant leur garde à vue, et ont été condamnées à trois mois de prison avec sursis, 1000 euros d'amende (dont une partie à verser aux flics « terrassés ») et une interdiction de territoire de cinq ans sur le 2e arrondissement. De tous ces chiffres retenons surtout la fréquence des arrestations des personnes prostituées, principalement au motif de racolage, et les femmes visées par cette répression. Reprenons le chiffre (sous-évalué) de deux cent arrestations notées dans le journal ; c'est-à-dire qu'une personne prostituée qui travaille à Lyon doit craindre en moyenne une arrestation tous les quatre ou cinq jours. Pas toutes les personnes prostituées. A ce jour ce sont les migrantes qui font les frais de cette répression quotidienne (96 femmes originaires des pays de l'Europe de l'Est, 97 africaines, sept "français(ses) blanches" ont été arrêtées entre 2003 et 2004). Ainsi sur ces deux cents arrestations, sept « seulement » concernaient des prostituées « locales ». Ce sont surtout celles qui sont demandeuses d'asile qui paient les pots cassés des politiques sécuritaires et de l'immigration, qui leur sont totalement défavorables. Aussi pour elles, cette répression vire à la persécution, puisque ce contrôle policier se conjugue fort bien avec le contrôle administratif et social orchestré par l'OFPRA (l'Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides) et la préfecture, qui demandent en plus d'une domiciliation, une attestation d'hébergement, afin de les suivre à la trace. Cernées de toute part, le temps venu de leur expulsion, de nouvelles brigades, telle l'USIT (Unité de Sécurité et d'Investigation Territoriale), iront chercher les femmes à leur domicile. Ainsi pourrait voir le jour l'USIT bis (Unité de Salubrité des Invasions Territoriales). Ainsi l'arrestation d'une africaine ou d'une femme de l'est est environ quinze fois plus probable que celle d'une « ancienne ». Cependant les personnes travesties, transsexuelles ou transgenres semblent avoir plus de probabilité d'être interpellées que leurs collègues locales françaises. Ces personnes ont également une forte probabilité d'être insultées ou humiliées durant une garde à vue. Si l'on fait le total de tous ces actes nous constatons plus de quatre cents actes de violences commis sur les personnes prostituées, près de trois cent personnes prostituées ont été victimes de la répression policière, qui frappe majoritairement les migrantes. Une fois de plus nous rappelons que nos données ne se basent que sur les témoignages des personnes prostituées, et qu'il y a beaucoup d'autres violences dont nous ne savons rien car elles ne nous sont pas rapportées. Certaines femmes ont été contrôlées ou placées en garde à vue plusieurs fois au cours de la même semaine, d'autres ont été condamnées à plusieurs reprises pour racolage. Submitted by:
|
| Violence |
|
|
|
|
Created: July 18, 2006 Last modified: July 23, 2006 |
![]() |
Network of Sex Work Projects Email: secretariat@nswp.org |